Prendre en compte et compenser la solitude du Chef d’entreprise

On parle en ce moment beaucoup –et souvent à juste titre- du stress au travail, du mal-être des salariés, de la détresse ressentie par des travailleurs soumis à des contraintes très difficiles à concilier et à gérer, particulièrement en cette période de crise économique.

Face aux cas de dépression allant parfois jusqu’au suicide, l’Etat s’est mobilisé pour attirer l’attention des dirigeants sur la prévention des risques psychosociaux en préconisant des mesures spécifiques de soutien psychologique pour les salariés les plus fragiles et une organisation du travail plus humaine, en général.

Cela est d’autant plus indispensable que  « Le chef d’entreprise a l’obligation d’assurer la sécurité et de protéger la santé de ses salariés au travail. » (art. L.230-2 du code du travail).

La solitude du chef d’entreprise : une réalité

Ceci posé, il faut bien constater qu’on évoque fort rarement la question du stress du Chef d’entreprise, et en particulier au niveau des petites ou moyennes entreprises.

Tout en haut de la pyramide, il est le recours ultime pour toutes les questions complexes posées  par ses collaborateurs, celui vers lequel on se tourne pour toute décision importante, ou pour toute revendication, légitime ou non.

Or, le goût de l’entreprenariat, la capacité à développer une activité personnelle et à assumer des responsabilités importantes ne font pas de lui pour autant un surhomme (ou une super-femme) !

Personne au dessus de lui vers qui se retourner pour l’aider à faire les bons choix, à prendre des risques calculés, à trancher avec sérénité et justesse pour régler les problèmes humains, financiers, organisationnels de l’entreprise : embaucher, licencier, investir, produire, administrer, négocier…

Certes, une telle position est stimulante et booste l’adrénaline ; mais à la longue, ou en cas de crise, la solitude se fait durement ressentir, occasionnant des problèmes de santé morale ou physique sérieux.

Habitués à l’action, pressés par des plannings très chargés, les chefs d’entreprise intègrent rarement dans leur organisation personnelle des moments pour eux, permettant de prendre parfois du recul, de lâcher un peu de lest, de se reposer, de se ressourcer.

Des moyens de compenser :

Face à ce constat, que préconiser, quels sont les moyens à mettre en œuvre ?
La solitude n’est pas une fatalité inhérente au statut. Voici quelques suggestions :

▪    Faire partie d’un réseau de chefs d’entreprise -mais pas seulement en vue « de faire du  business ». Il est très utile de fréquenter ses pairs, d’échanger sur des problématiques communes, sur des solutions qui ont fonctionné pour les uns, sur des informations passées inaperçues,  sur des évolutions techniques facilitantes… C’est souvent dans ces réseaux professionnels, au cours de conversations informelles ou de débats organisés que l’on trouve l’information utile, le contact  indispensable, les compétences complémentaires…
Ces réseaux sont nombreux : chambres de commerce, départements, communes…

▪    Profiter sans faute des budgets formation annuels  du chef d’entreprise pour renforcer ses compétences, rencontrer des spécialistes avisés, traiter de problématiques spécifiques, échanger avec d’autres chefs d’entreprise dans le cas de formations collectives…

▪    S’accorder  les services d’un coach personnel (une fois par trimestre par exemple) pour poser les problématiques, les examiner avec l’aide d’une personne extérieure, se confier, prendre du recul, mieux comprendre les enjeux, relativiser ou hiérarchiser les problèmes, libérer son inconscient ou son intuition en vue de régler de manière optimale les questions posées…

▪    Ne pas négliger le physique. Mens sana in copore sano… un esprit sain dans un corps sain… A chacun de trouver l’activité physique bienfaisante (sport, promenade dans la nature, sieste, yoga…) à pratiquer régulièrement mais à son rythme, de manière à ne pas épuiser les ressources physiques indispensables à une activité intense comme l’est la direction d’une entreprise, à les renouveler, et mieux encore à les renforcer !

▪    S’accorder aussi de temps à autre des loisirs (sorties, vie sociale, bénévolat…) qui permettent de s’aérer le cerveau, de s’évader pour un moment, de rencontrer des personnes avec lesquelles partager des goûts, des valeurs, des moments de convivialité qui font partie d’une vie et participent à l’épanouissement personnel…

Certes, dira-t-on, ces conseils de bon sens sont l’évidence même !
Mais l’expérience montre que la tentation est grande, dans le quotidien d’un chef d’entreprise, de les négliger, avec les excuses –légitimes au premier abord- du manque de temps, du devoir avant tout, de la fatigue… Pourtant, 5% de son temps consacrés à son bien être démultiplient l’énergie, les capacités d’analyse, la clairvoyance, et bien entendu, l’efficacité –notion primordiale au niveau du développement de l’entreprise !

Alors, puisque face aux nombreuses responsabilités qui sont les leurs, personne ne  se préoccupe réellement du bien-être des dirigeants, c’est à encore à eux de prendre soin d’eux, en se donnant les moyens de maintenir un équilibre indispensable à une réussite durable et à un épanouissement personnel auquel ils aspirent et qui a été bien souvent, ne l’oublions pas,  à l’origine de leur démarche entrepreneuriale.

Isabelle Bédikian